Coup de gueule : Jean Michel Bellon

Bénévole oui, souffre douleur non !

 

 

Jean Michel Bellon a organisé avec quelques autres, très certainement la plus belle des manches du championnat de France cette année à Vertolaye ,son coup de gueule vaut le coup d'être lu et entendu :

Dans le dernier numéro de Trial Magazine (Zone 23) il y a un  article très intéressant de Bruno Camozzi relatif aux organisations d'épreuves et en particulier aux championnats de France de trial.

Ayant participé activement à l'organisation de l'épreuve de Vertolaye et oeuvrant à mon petit niveau je ne peux qu'adhérer aux propos de Bruno car plus une organisation est qualitative, plus elle est crédible.

Cette crédibilité est, bien entendu, nécessaire au sein de notre microcosme (celui du trial) mais aussi et j'ajouterais SURTOUT, vis à vis de ceux qui nous entourent : municipalités,  élus locaux, administrations, propriétaires (ceux qui nous autorisent à tracer des zones sur leurs parcelles et ceux qui nous laissent passer par chez eux pour les interzones) et enfin vis à vis du public qui, par sa présence en nombre, ou pas, nous assène le verdict final. Probablement le plus important de tous.

En l'espace de quelques semaines, notre club, le Moto Club du Livradois (MCL), vient d'organiser deux épreuves importantes : le championnat de France de trial de Vertolaye qui s'est déroulé le week-end des 13 & 14 Mai et ce week-end, un enduro de masse bien connu depuis 16 ans, la Rand Auvergne.

En tant que membre du MCL j'ai participé à ces deux organisations de manière assez différente. Pour le trial comme membre très actif : le " noyau dur " comme nous a présenté la speaker de Vertolaye à la fin de celle-ci, juste avant la remise des prix. Puis, ce week-end, comme simple " troufion ", sur le pont pendant deux jours afin d'apporter à ceux qui participaient à cet enduro, une bonne qualité d'organisation.

Après ces deux épreuves et tout en confirmant à nouveau que je suis en total accord avec les propos de Bruno Camozzi dans l'article paru dans Trial Magazine, il y a quand même une constante commune qui ressort de ces épreuves : plus on va vers le haut plus on trouve d'emmerdeurs.

Désolé d'être aussi cru ou aussi direct. Laissez-moi cependant vous expliquer.

530 enduristes ont participé à la Rand Auvergne. Pour avoir donné le départ à ces 530 pilotes lors de la dernière spéciale du samedi et organisé l'entrée en parc de pré grille pour la dernière spéciale du dimanche, ceux qui nous ont le plus cassé les pieds, qui grognent, qui en arrivent parfois à insulter les bénévoles ce sont les meilleurs ! Les pros ! Je vous rassure, pas tous ! Quelques uns seulement !

Or, à la rand Auvergne, sur 530 participants, les 50 premiers numéros regroupent les très bons et les bons. La suite étant majoritairement des amateurs en quête de bonnes sensations et en général d'une bonne partie de moto avec les copains. Ceux là, sont tout sourire, n'oublient pas de dire bonjour et même quand, dimanche, ils attendaient sous une pluie battante de pouvoir accéder à la spéciale, ils ne manquaient jamais de compréhension et de gentillesse envers ceux qui, trempés jusqu'aux os et les pieds dans la boue, faisaient tout ce qu'il était possible afin que l'organisation ne souffre pas trop des aléas de la météo.

En trial, sur le championnat de France les très bons et bons sont moins nombreux mais la proportion ne doit pas être trop éloignée. Et une fois de plus, nous avons constaté que les invectives et les grognements ont été le fait des meilleurs.

Bien entendu, les enjeux ne sont pas les mêmes pour un pilote tel que Bruno Camozzi et un jeune qui participe pour la première année à un championnat de France en S2 !   

Cependant il ne faut pas oublier que les bénévoles donnent de leur temps sur leurs loisirs et leur vie de famille juste pour le " sport ". Faut-il rappeler que les bénévoles n'en retirent aucun avantage personnel et ceci afin que les " pros " puissent exercer leurs job correctement ?

Est-il bien nécessaire de rappeler que SANS bénévoles il n'y a plus de championnat de France de trial (à moins que la FFM ne prenne ceci en charge à 100 %) et que sans ces épreuves les pros n'existent plus ?

A ce stade de mes explications il me semble important d'ajouter une petite anecdote, peu importante à première vue, mais qui, à mes yeux, est assez significative du manque de vision de certains (pas de tous bien entendu).

Alors que nous étions en pleine préparation de notre épreuve de championnat de France de Vertolaye et m'occupant du sponsoring, j'ai contacté, entre autre, un industriel ayant un intérêt majeur à ce que le trial se développe en France.

Après plusieurs échanges de mails avec le directeur commercial, (un garçon super que je connais en plus depuis assez longtemps - nous faisions parti du même moto club il y a quelques années) celui-ci me répond que l'entreprise n'allouera pas de budget sur le championnat de France en 2006 et que pour notre épreuve ils ne feraient rien. Ce que je comprend parfaitement. Ayant dirigé pendant de nombreuses années ma PMI je sais bien que les budgets ne sont pas extensifs à l'infini.

Ce que j'ai regretté, par contre, c'est que cette entreprise n'aie pas eu un peu plus de réflexion et j'en ai fait part au directeur commercial. En effet, on comprend parfaitement qu'un industriel ne dispose pas de fonds illimités mais, parfois, il faut peut-être faire preuve de solidarité et se dire, quand on est un pro, que les compétions où ses couleurs brillent ne peuvent se dérouler, à ce jour, en France, uniquement que par l'investissement personnel de bénévoles.

Et donc, dans ce cas, allouer à une manche de championnat de France, un budget même symbolique (30 €), c'est rendre hommage au travail réalisé par les bénévoles et les clubs qui s'investissent.

Aussi je me permets de tirer une sorte de sonnette d'alarme et je m'appuie sur les propos de Bruno Camozzi dans Trial Magazine :

OUI, les épreuves doivent être de qualité.

OUI, c'est par des épreuves de qualité qu'on véhicule l'image de notre sport.

OUI, tout doit être mis en œuvre pour satisfaire au mieux les participants à nos divers championnats.

MAIS AUSSI :

OUI, pilotes professionnels et industriels qui vivez du trial, soyez plus respectueux des bénévoles et des organisateurs  qui ne sont après tout que des humains, tout à fait capables de commettre des erreurs et ce sans vous vouloir du mal à qui que ce soit ! 99,99 % des commissaires de zones qui officiaient à Vertolaye se fichaient totalement de l'issue de championnat de France et, s'ils ont commis des erreurs ce n'était en aucun cas dirigé plus particulièrement vers tel ou tel pilote.

L'indulgence et le respect sont les marques des grands.

A ce sujet, et je vous promet que ce sera la dernière, j'ai une petite histoire à vous conter. Il y a quelques années de cela, en déplacement en Espagne, j'avais RV chez un client (que je considère comme un ami, et réciproquement) près de Barcelone.

Arrivé tard à son bureau et après une bonne discussion professionnelle, il me propose de souper avec lui. Mais avant, me dit-il, il faut passer dans une autre de ses entreprises (une très grosse concession BMW au nord de Barcelone) où il a une réunion avec ses associés.

Après être passé à mon hôtel nous voilà parti à la concession où, arrivé il me prie de patienter dans un espace réservé aux possesseurs de grosses BMW attendant qu'on leur restitue leurs précieux véhicules.

Alors que j'attends depuis une trentaine de minutes, j'entends qu'on prononce mon prénom et, me retournant, je vois mon ami avec un immense sourire sur les lèvres. A sa droite, tout sourire également, un certain… Jordi TARRES.

Quelle ne fut pas ma surprise de voir venir à moi, celui que je considère (ainsi que beaucoup de trialistes, je l'espère) comme une véritable icône du monde du trial, la main tendue… Bref je ne vais pas vous raconter tout ce qui s'est passé ce soir là, mais Jordi TARRES a été d'une simplicité et d'une extrême gentillesse avec moi, pendant toute la soirée. Pourtant moi, au niveau trial et comparé à lui, je suis au niveau de la mer tandis que lui se situait aux sommet du Mont Blanc !

Mon ami, multiple champion d'Espagne des rallyes TT avait convié Jordi TARRES à un souper avec moi car il savait que j'aimais le trial ! Et Jordi en grand sportif, lui-même très admiratif du palmarès de mon ami, a accepté cette invitation et s'est comporté avec moi comme si, à ses yeux, j'avais une quelconque importance ! Chapeau bas Messieurs !

Pour conclure je dirais donc que le respect des uns envers les autres est absolument nécessaire pour un bon équilibre dans notre sport.  

Si nous faisons tous des efforts dans ce sens, alors nous serons ensemble plus forts pour lutter unis contre tous ceux qui s'attaquent à notre discipline, à commencer par ceux qui oeuvrent pour l'interdiction des loisirs verts.

Plus que jamais nous avons besoin d'être unis et cette union passe par le respect,  par l'image que les pros peuvent donner de notre sport aux yeux du public et par des organisation de qualité.

Pour que vive le trial !! 

Jean Michel BELLON