Suiveur au championnat du Monde

Le travail primordial du suiveur être toujours prêt a intervenir en cas de danger pour le pilote (photo Céline Durand )

 

 

 

 

Quand Julien Arnaud m’a demandé d’ être son suiveur sur la manche Britannique du Championnat du Monde (son père qui le suit habituellement s’étant blessé lors de la manche Italienne) mes sentiments étaient un peu confus .

Bien sur l’idée d’être au cœur même d’un championnat du Monde et d’en être acteur me séduisait profondément, qui plus est sur une des manches les plus populaire de ce championnat du Monde. Mais pour tout vous dire , j’avais vraiment peur de mal faire, c’est vrai que Julien ne porte pas la pression des top pilotes que sont Raga , Lampkin et autres champions , mais on investit pas autant de son temps , de son argent pour venir en touriste sur une manche du Championnat du Monde.

Me voilà donc parti avec ma toute petite expérience de suiveur de championnat de ligue pour mon fils qui roule gentiment en S2 ;

Je passe sur l’administratif et sur la préparation de la moto « suiveuse » que Daniel le père de Julien m’a préparée. Sacoche pleine d’outils sur le réservoir et je prie pour ne pas avoir à l’ouvrir pendant la course.

Guidon de remplacement sous le guidon , sac a dos plein comme un œuf avec encore des outils , boissons , barres énergétiques .

Je retrouve Julien arrivé quelques heures avant le vendredi soir, le clan Français est bien maigre, seuls Loris Gubian , Nicolas Gontard , Nicolas Karim et Alexis Cervantes ont fait le long déplacement. Tout naturellement on se retrouve tous entre Français et l’ambiance est vraiment sympa. Le père de Nicolas Karim , qui le suit habituellement , n’a pas pu faire le déplacement et Nico n’a pas de suiveur !

Samedi matin après un fastidieux contrôle technique et surtout administratif , je découvre mon dossard rouge de « mécanicien » qui m’autorisera après demande expresse auprès du commissaire de zone a pénétrer dans la zone pour rattraper mon pilote s’il est en difficulté.

De 11 heures à 13 heures , les pilotes sont autorisés a s’entraîner sur des zones « d’entraînement » . Pas très étendues ces zones se voient envahies par tous les pilotes et c’est la queue devant les zones que se tracent les pilotes. Pour moi aussi c’est déjà un entraînement et l’on se met pratiquement en condition course ( a l’exception du temps).

Une des difficultés est de rattraper le pilotes au bon moment, ou plutôt d’évaluer si le pilote va réussir a s’en sortir ou pas  .Le rattraper trop tôt peut  lui valoir un échec, trop tard une grosse gamelle.

 

 

 

 

 

Pas toujours de tout repos le travail de suiveur ( photos Charles Benhamou Trial Magazine )
 

 

 

Chez les très bons , les teams ne se mélangent pas et quand le team Montesa est sur une zone , le team Gas Gas est à l’autre bout du terrain. Ca n’empêche pas de voir des juniors être dans la même file d’attente que les Raga et autres pour s’amuser a tenter les même geste techniques qu’eux , et quelquefois ils y arrivent . 13 heures le Marshall nous demande de sortir de la zone d’entraînement , le temps imparti est terminé.  Le public  déjà  très nombreux a apprécié.

L’après Midi ( de 14h à 18 heures)  est réservé aux reconnaissances. Nous partons donc reconnaître. Première chose évaluer les endroits ou Julien aura besoin de moi pour que je l’assure . Ensuite j’enregistre les placements, si pour certains cela semble évident ,pour d’autre, cela l’est moins.

La aussi , il y a beaucoup de monde dans les zones et dans le public. Tous les coureurs y vont de leurs pieds pour nettoyer la zone, se construire des petits appels qui seront bénéfiques pour tout le monde. Ses reconnaissances vont nous prendre tout l’après midi.

Rentré au paddock , je calcule les temps de passage dans les zones , les coureurs ont 3 heures30 pour faire le premier tour de 15 zones et 5 heures 30 pour les deux tours a eux de gérer leur temps et sur un scotch que je collerai sur le garde boue avant de ma moto j’inscris a quelle heure on doit sortir des zones lors du premier et du second tour.

Dimanche 10heures 20 départ de Julien , je mets ma montre sur 12h00 au top du départ et c’est parti pour 5 heures 30.

La première grosse différence par rapport a un trial de ligue , ce sont les dénivelés, s’il y a beaucoup de gros obstacles il vous faut courir de l’un a l’autre et c’est exténuant , heureusement pour ma petite condition physique , les zones juniors de cette manche Britannique ne nécessitent que rarement d’être obligé d’assurer sur plusieurs endroits et je peux me concentrer sur les placements et sur le temps dans la zone que je donne toutes les 15 secondes. Et puis pour les zones très longues Léo , mon fiston , depuis le public,  prend le début de la zone a son compte pour les placements et les encouragements.

Dans la zone , en plus du temps , des placements , j’encourage naturellement Julien et je me surprend a crier aussi fort que Martin Lampkin .

Toutes les trois zones ,je prends la pression du pneu arrière, et à la sortie de chaque zone je propose a Julien de quoi boire et de quoi manger. Les mots sont importants pour encourager, surtout après un échec, et il faut un peu de psychologie pour remettre son pilote dans le bon sens. Dans la zone 6 le commissaire lève le carton 5 après un recul qui me semble douteux , je laisse Julien finir sa zone, m’apprêtant  à négocier dans mon Anglais très approximatif un échec que je trouve bien trop sévère , une chute sur la dernière dalle de cette même zone m’évitera cette confrontation qui s’annonçait difficile.

Toujours rester dans l’inter zone derrière son pilote, anticiper , ce que je n’avais pas anticipé c’est qu’après un soleil radieux , en quelques minutes une averse que je qualifierai de douche Ecossaise allait nous rincer. Heureusement nous sommes dans la dernière zone du premier tour et l’absence d’habits de pluie dans le sac a dos ne nous sera pas trop préjudiciable.

D’ailleurs le temps de passer au paddock , se changer, de faire les pleins  (essence, eau ,barres énergétiques ) de manger deux bananes et nous repartons sous le soleil !

Nous avons pointé juste dans les temps pour le premier tour, le temps déduit pour le passage au paddock il nous reste que 110 minutes pour faire le second tour , soit moins de huit minutes par zone (inter zone compris), alors vous comprenez que le rythme va sacrément s’accélérer , d’autant plus que Julien tombe dans la zone deux  un peu fort et ses gants ne ressemblent plus qu’a des chiffons terreux incompatibles avec la précision dont ont besoin  les pilotes de ce niveau. A moi de jouer et de retourner le plus vite possible au paddock pour aller lui chercher une paire de gants neufs . Les efforts du matins sont dans les jambes et il faut pourtant bien accélérer, il me faut aller plus vite et pour rejoindre ma moto au plus vite dans la zone huit, je passe par un passage vraiment très a pic, une partie du public me voit débouler sur les fesses en bas de la petite falaise et m’applaudit pour ma témérité , doux , mais court moment de célébrité.

Julien n’a rien vu de tout cela tout occupé a reconnaître au pas de course la zone suivante. Impressionnant la condition physique de ces garçons !

Julien fait une partie de la course avec Nicolas Gontard , tous deux sont concurrents , mais n’hésitent pas a s’échanger quelques conseils.

Zone 15 enfin , Julien pointe cette dernière zone ce qui signifie que mon travail est terminé, et là toute l’anxiété redescend laissant place a une certaine excitation. Je retrouve des collègues suiveurs expérimentés qui me demandent comment s’est passé cette première expérience de suiveur. Ils m’assurent que j’ai eu de la chance de faire cette expérience sur un trial facile ( pour les suiveurs) car sans obstacles dangereux , avec un inter zone presque inexistant et sans incident majeur ( panne , crevaison etc etc )

Pour moi c’était parfait, Julien a fait son deuxième meilleur résultat de la saison et c’était ça le plus important.

Jean Finiels

 

 

 

 

 

 

Beaucoup de travail avant d'avoir toutes les qualités d'un des experts suiveurs français Richard Berthou (photo Céline Durand)